Sur la route du Río de la Plata

Sur la route du Río de la Plata

Buenos Aires – Le voyage commence

 

Premier arrêt : Buenos Aires.

Il y a des départs qui ne demandent pas la permission. Ils s’imposent comme une évidence. Celui-ci en faisait partie. J’avais laissé passer les années, les “pas maintenant”, les dossiers à finir, les obligations à remplir. Et puis un jour, plus rien. Plus d’excuse. Juste cette question qui tourne en boucle :

 

Et si je partais loin ?

 

De l’idée à l’action, il n’y avait qu’un clic. Un billet. Un tracé. Un itinéraire rêvé : Buenos Aires, Salta, Iguazú, El Calafate, Ushuaïa. Tout planifié. Enfin, en théorie. Parce qu’entre les plans et moi, il y a toujours eu cette tension… douce, mais réelle.

 

31 janvier, 21h. Aéroport de Buenos Aires.

 

Treize heures de vol. Le corps lourd, les paupières en alerte. Et pourtant, dès que je mets un pied dehors, cette bouffée d’air moite me percute. Lourd, dense, vivant.

 

J’adore cette sensation. Celle d’être loin. D’être vivant.

Un Uber, puis la ville qui défile. Floue. Vibrante. Premier contact à travers la vitre.

 

Direction Casa de Bulnes, une auberge au charme colonial, comme échappée d’un autre siècle. L’hôte m’attend. Souriant. Chaleureux. Il me fait visiter comme on accueille un ami. Je pose mon sac. Respire. Et repars. Mais pas pour flâner. Pas pour trinquer à mon arrivée. Non. Première mission : pharmacie.

 

Parce que oui, j’ai décidé de commencer ce voyage avec une rage de dents carabinée. Une douleur qui pulse comme un tambour. J’arrête un passant. Il me répond avec cet accent chantant que j’aime déjà. M’indique une adresse. Et voilà mon premier contact avec Buenos Aires : une nuit moite, une dent en feu, une maison pleine d’histoires… et un objectif urgent.

 

Le voyage a commencé.

Palermo. Petit-déjeuner. Le vrai départ.

 

Le lendemain matin, le réveil est doux. La douleur s’est calmée, le ciel est clair, et Palermo m’ouvre les bras. Je tombe sur un petit café de quartier, comme il y en a tant ici. Simple, bon, sincère. Café noir. Medialuna. Silence.

 

Google Maps en main, je me laisse guider. Première étape évidente : la Casa Rosada.

 

Le métro, ici, on l’appelle “Subte”. Pas si compliqué. Quelques lignes seulement (A, B, C, D, E, H), bien connectées. Les stations sont claires, colorées, accessibles. Petit bonus : c’est le premier métro d’Amérique du Sud, inauguré en 1913. Une vieille ligne qui sent l’histoire.

 

Je sors à Plaza de Mayo. Et là… première impression : La Casa Rosada est moins impressionnante que sur les photos. Mais la place… La place, elle, raconte tout.

 

Des mères qui marchent en rond, en silence. Des voix qu’on devine encore dans les pierres. C’est ici que tout s’est joué : les cris, les colères, les révolutions. Je pense aux Madres de Plaza de Mayo, à leurs foulards blancs, à leurs pas obstinés.

 

Puis, cap sur l’Obélisque. Sur l’avenue 9 de Julio, immense artère, on se sent tout petit. Ce monument, dressé en 1936, célèbre les 400 ans de la ville. Symbole absolu. Paris a sa Tour Eiffel, New York sa Statue de la Liberté, Buenos Aires a ça.

 

Et là… petite folie.

 

J’achète un billet pour le bus touristique rouge. Oui, celui-là. Hop-on, hop-off. Touriste assumé.

San Telmo. Asado. Chaleur.

 

Premier arrêt : San Telmo. L’âme bohème de Buenos Aires. Un marché couvert, des antiquités, des odeurs de viande grillée. Mon ventre gronde. Je repère un stand. Les serveurs dansent, la musique est forte, les rires aussi.

 

Je fais un tour… mais mon instinct me ramène là. Toujours suivre son premier élan.

Je commande un asado. 300 grammes de bonheur. Avec du chimichurri, évidemment. Une bière. Une bouchée. Puis une autre. Et là… fatigue.

 

Mais pas le temps pour une sieste.

Demain, on prend un bus.

Direction Gualeguaychú. Du moins… c’est ce que je crois.

Gualeguay – Le hasard a du goût

 

Le plan, c’était Gualeguaychú. Trois heures de bus, direction l’un des carnavals les plus célèbres du pays. On était motivés, excités, persuadés d’être au bon endroit, à la bonne heure.

— C’est bien le bus pour Gualeguaychú ?

— Oui oui, vous êtes au bon quai.

Et effectivement, on était au bon quai. Mais… pas pour la bonne destination. Sur mon billet, il était écrit Gualeguay. Pas Gualeguaychú. Pas le carnaval géant. Pas les chars immenses ni la foule en délire. Un autre endroit. Inconnu. À 45 minutes de là.

 

Et tu sais quoi ? J’avais aussi réservé un logement à Gualeguay. Le destin avait tout manigancé. Plus moyen de faire demi-tour. On y est allés.

 

 

Gualeguay. Argentine profonde.

 

Trois heures trente à travers une Argentine que je ne connaissais pas encore. Vaste. Plate. Vraie.

Quand on arrive, tout est plus lent. Plus simple. Pas de bruit. Pas de tumulte. Un village, pas une ville. La station de bus, minuscule. Le soleil tape. On saute dans un taxi.

— Premier arrêt ? Le distributeur.

Ici, pas de carte bancaire qui passe, pas d’Uber, pas de paiement mobile. Ici, c’est cash ou rien. Le chauffeur nous dépose à notre hébergement.

 

Le propriétaire, José (Pepe), nous accueille avec une chaleur rare. Sincère. Il parle lentement, sourit beaucoup, propose tout de suite de l’aide. Il nous donne quelques adresses pour manger. Il appelle même un resto pour s’assurer qu’on puisse encore commander à cette heure. Il deviendra, sans le savoir, une des belles rencontres de ce voyage.

 

 

Un déjeuner sous 40 degrés.

 

On marche dix minutes. C’est peu, mais sous ce soleil, on dirait une heure. On trouve le resto (ou un resto, qui sait ?), on s’installe. La serveuse est adorable. Je commande le plat du jour, Julie choisit à la carte. Une bière bien fraîche, et c’est parti.

Les assiettes arrivent. Immenses. Généreuses. Débordantes. Ici, on ne plaisante pas avec les portions. On mange pour cinq. On rit. On ralentit.

 

Puis, vient la boulette du jour : j’oublie ma carte d’identité et ma carte bancaire sur la table. Mais la serveuse — toujours elle, toujours adorable — me court après dans la rue pour me les rendre. Tu vois, Gualeguay, c’est ça. Une gentillesse désarmante. Un autre rythme. Une autre vie.

 

 

Le soir tombe. La place s’éveille. On se pose sur la place principale, un verre à la main, des empanadas chaudes sur la table. Les voitures tournent au ralenti, les jeunes friment, les familles discutent. On est bien. Un petit air d’Espagne flotte dans l’air. La chaleur du jour laisse place à la douceur du soir.

Je me sens chez moi. Vraiment.

 

Et là, je le sais.

 

Ma vie ne sera jamais faite pour le nord de l’Europe.

 

 

Entre deux carnavals. Le lendemain, on hésite encore.

— Et si on allait quand même à Gualeguaychú ?

On réserve des billets, on se dit qu’on fera la fête là-bas et qu’on rentrera tôt pour prendre le bus vers Buenos Aires. Mais Pepe, encore lui, nous dit :

— Le carnaval de Gualeguay est plus petit, mais beaucoup plus authentique. Plus local. Plus festif, à sa façon.

Il peut même nous avoir des billets pour le corsódromo. Et nous y accompagner. Alors on garde nos billets pour l’autre ville… Mais dans un coin de la tête, le doute s’installe.

 

 

Pré-carnaval, piscine secrète. Le jour du carnaval, rien ne bouge. La ville est silencieuse. Aucune agitation. Je commence à me demander si j’ai fait une bêtise en ne partant pas à Gualeguaychú. Et puis Pepe appelle.

— Ça vous dit d’aller vous baigner ? Dans une piscine un peu spéciale ?

On dit oui, évidemment. Il vient nous chercher.

 

Nous voilà dans une zone d’aérodrome, à quelques kilomètres, avec… une piscine au milieu de nulle part. Un endroit improbable. Calme. Délirant. Une après-midi suspendue. Avant la fête. Avant les plumes. Avant les tambours.

 

 

Dernier acte à Gualeguay – Le carnaval

 

Le soir tombe, et on file vers le corsódromo. C’est ma première fois dans un carnaval comme celui-là. Pas de stress. Dans cette petite ville, je me sens bien.

 

Je me sens chez moi.

 

À l’arrivée, c’est déjà l’euphorie. Les gens affluent, des pétards éclatent dans le ciel, des feux d’artifice colorent l’air chaud. Le parking est bondé, mais Pepe, encore lui, nous trouve une place sans souci. Il connaît tout le monde, ici.

 

On s’installe. Et d’un coup, l’électricité du moment nous prend. Des bombes de mousse s’échangent, s’éclatent, se vident dans tous les sens. Les enfants, les adultes, tout le monde s’en met plein les yeux. Et nous, évidemment, on ne fait pas exception.

 

Le défilé commence. Cinq comparsas se succèdent. Chacune a environ 45 minutes pour envahir la piste. Des costumes somptueux, des danses endiablées, des couleurs vives, du rythme, du feu, du cœur. C’est intense. C’est vibrant.

 

On est emportés. Et je ne regrette pas une seule seconde de ne pas être allé à Gualeguaychú.

 

 

Fin de soirée

 

La mousse dans les cheveux, les vêtements trempés, le sourire jusqu’aux oreilles. Des images plein les yeux, des rythmes plein les oreilles, des souvenirs plein la tête. Je crois que c’est là, ce soir-là, que j’ai vécu une des plus belles aventures de ce voyage. Un moment inattendu, simple et fort. Une rencontre humaine, vraie, comme on n’en vit que rarement.

 

 

Demain, il faudra reprendre la route. Retour à Buenos Aires. Puis cap vers les chutes d’Iguazú. Mais avant ça, une dernière pensée :

Merci Pepe. Merci Gualeguay. Pour cette parenthèse. Pour ce moment d’oubli. Pour cette fête inattendue, et cette intensité-là qu’on n’invente pas.

 

📌 Infos utiles – Buenos Aires & Gualeguay

• Auberge à Buenos Aires : Casa de Bulnes – très bon accueil, style colonial.

• Transports : Le Subte est simple à utiliser ; Uber fonctionne à Buenos Aires mais pas à Gualeguay.

• Santé : Pharmacies ouvertes tard, mais pense à emporter une trousse de secours.

• À Gualeguay : tout se paie en cash. Il y a des distributeurs, mais ils prennent une commission.

• Carnaval : Préfère Gualeguay si tu veux une version locale, immersive et conviviale.

 

✈️ Retour à Buenos Aires – Cap vers Iguazú.

 

Le lendemain matin, le réveil fut facile. Faut dire qu’on n’avait pas trop abusé sur l’alcool, et on ne partait qu’à midi. Le bus pour Buenos Aires nous attendait.

 

Pepe — toujours lui — s’était proposé pour nous conduire à la gare routière. Une dernière accolade franche, amicale. Un au revoir sincère à ce bout d’Argentine qui nous avait adoptés, et hop, direction Buenos Aires.

 

Les chutes d’Iguazú nous attendaient.

 

 

Trois heures de route, même trajet qu’à l’aller. J’ai dormi, un peu filmé, laissé filer les paysages. Arrivés au terminal de bus, on saute dans un Uber direction l’aéroport — celui dédié aux vols nationaux (eh oui, Buenos Aires a deux aéroports : Ezeiza pour l’international, Aeroparque pour les vols intérieurs). Une fois sur place, quelques recherches rapides pour trouver notre porte d’embarquement, puis une mission s’impose : trouver à manger.

 

Ici, manger fait partie du quotidien. Tout le temps. Partout. Et honnêtement, je crois que j’ai pris quelques kilos depuis le début du voyage… Mais peu importe. On trouve de quoi se rassasier, et ça fait du bien.

 

L’embarquement est à l’heure. Trois heures de vol nous séparent d’Iguazú. C’est ça, l’Argentine. Des distances colossales. Des heures de route, ou de ciel, entre chaque étape.

Arrivée nocturne à Iguazú.

 

On atterrit tard dans la nuit. Mais pas de stress. J’avais déjà organisé un transport avec l’hôte de notre logement. À peine sortis de l’aéroport, notre chauffeur arrive. Parfait. Le trajet est agréable, mais il fait nuit noire. Impossible de voir le paysage, même si… quelque chose me frappe : la végétation.

 

Derrière les ombres, je devine des silhouettes épaisses, denses. La jungle n’est pas loin. Je discute un peu avec notre chauffeur, Junior. Un mec discret, mais efficace. Sympa. Disponible. Je lui parle des chutes, je lui demande comment s’y rendre, et sans hésiter, il nous propose de nous y emmener le lendemain.

 

Générosité simple, naturelle. On arrive à l’appartement. Notre hôte nous attend, debout, devant la porte. Le lieu a l’air chouette, mais il fait trop sombre pour vraiment s’en rendre compte. On se dit qu’on verra ça demain. Après avoir réglé Junior et fixé un rendez-vous pour le lendemain matin, on entre enfin.

 

Un lit, une douche, et du repos. Demain, on part voir un des plus beaux trésors du continent.

Iguazú – À l’orée du monde

 

Le réveil, ce matin-là, n’avait rien d’ordinaire. Pas d’alarme. Pas de lumière artificielle. Juste le chant des oiseaux, cette chaleur moite qui s’installe dès l’aube, et cette impression que quelque chose m’attend, là-dehors. Une promesse de vert, de grandeur.

 

Je prépare mon sac photo, l’essentiel, rien de plus. Un message m’attend. C’est Junior. Il ne pourra finalement pas venir, mais a déjà tout prévu. Un autre chauffeur prendra le relais. Ce gars-là, vraiment… un ange gardien du bout du monde. À l’heure dite, le nouveau chauffeur est là. Sourire discret, accent chantant, regard bienveillant.

 

On prend la route. Et quelle route. Des murs de verdure de chaque côté, une végétation épaisse, dévorante. La jungle en habits de fête. On traverse un bout d’Argentine, mais on sent déjà le Brésil, on devine le Paraguay. On est à la triple frontière. Trois pays pour une seule émotion : celle d’être ailleurs, complètement. Il me dit qu’il habite à quelques kilomètres, qu’ici tout le monde connaît les chutes mais que personne ne s’en lasse jamais. Je comprends vite pourquoi. Après une vingtaine de minutes, on arrive à l’entrée du parc national d’Iguazú.

 

Et là… un choc. Moi qui venais de notre hôtel isolé, perdu entre les arbres, j’ai l’impression d’avoir mis les pieds à Disneyland. Des cars entiers, des guides avec des pancartes, des familles entières habillées pareil. Le monde. Beaucoup de monde.

 

Mais après tout, c’est normal. C’est l’une des sept merveilles naturelles du monde, non ? C’est un endroit qui attire. Qui appelle. Alors on respire, on s’adapte. On va à la caisse.

 

🎟️ Prix d’entrée (2024) :

• Touriste étranger : 20’000 ARS (environ 20 CHF)

• Paiement par carte recommandé (ils n’acceptent pas toujours le cash, et la file est plus rapide).

• Navettes incluses à l’intérieur du parc.

 

Billets en main, le cœur battant. Prêt à marcher, prêt à m’émerveiller. Les chutes d’Iguazú nous attendent.

Iguazú – Gran Aventura, ou comment plonger dans la gorge du monde

 

Direction les chutes. La foule se disperse dans toutes les directions, chacun son plan, chacun son rythme. Moi, j’avance sans trop savoir par où commencer, et c’est là qu’il surgit. Un vendeur, chemise beige, regard vif, sourire confiant.

— Gran Aventura, señor ?

Je freine. Il m’explique, gestes à l’appui : une excursion en 4×4 dans la jungle, suivie d’un embarquement en bateau… jusqu’au pied des chutes. J’écoute à peine la fin. Il a dit bateau et pied des chutes. J’ai déjà dit oui dans ma tête. C’est ce genre de moment où tu te rappelles que tu es venu ici pour vivre, pas pour regarder.

 

Alors go.

 

Je prends le pack complet — le “Gran Aventura” dans sa version intégrale. Parce que ce genre de truc, on ne le fait qu’une fois dans sa vie, non ?

 

🎟️ Gran Aventura – Tarif 2024

• Touristes étrangers : env. 80–90 CHF par personne

• À réserver sur place ou en ligne (souvent avec horaires précis)

• Inclus : balade en camion 4×4 dans la jungle + navigation en bateau sous les chutes + accès à certaines passerelles

 

On me remet les billets, et je sens déjà monter l’excitation. Direction le point de rendez-vous. Il fait chaud. Très chaud. L’air est épais, comme si chaque respiration passait à travers un filtre humide. Je transpire. Je ris. J’attends. Mais au fond de moi, un petit doute s’invite.

 

Est-ce que ça va être difficile ? Beaucoup de marche ? Beaucoup de montées ? Ma condition physique ces derniers temps… comment dire… Disons que je suis plus proche du paresseux que du jaguar. Mais tant pis. Aujourd’hui, je suis prêt à tout. À me faire secouer, tremper, éclabousser, emporter. Ce n’est pas tous les jours qu’on va se faire avaler par les chutes d’Iguazú.

 

On monte dans le camion. Un gros 4×4 ouvert, version safari tropical. On est une vingtaine à bord, casquettes vissées sur les têtes, bouteilles d’eau déjà à moitié vidées. Le moteur gronde, et c’est parti.

 

La piste s’enfonce dans la jungle. Le guide — micro en main, sourire éclatant — nous raconte la forêt, les arbres centenaires, les animaux cachés, les insectes géants, les mythes guaranis. J’écoute, mais mes pensées vagabondent. Je regarde autour. J’essaie de capter l’essence du lieu. Ce vert qui déborde de partout. Cette sensation que la nature ici est chez elle, souveraine.

 

La balade dure une bonne trentaine de minutes. Le temps de s’imprégner. Puis, on descend. On marche un peu, rien de méchant. Des marches en bois, des chemins balisés, et au loin… le bruit. Ce grondement sourd, puissant, presque vivant.

 

Ça y est. On s’approche. On arrive au fleuve. Le Rio Iguazú. Des gilets de sauvetage nous attendent. Des sacs étanches aussi, pour les téléphones, les caméras, les papiers. Tout ce qui ne supporte pas l’eau. Moi, je suis comme un gosse. Un peu tendu, mais le bon genre de tension. Celle qui dit tu vas t’en souvenir toute ta vie.

 

On embarque. Le bateau est costaud, les moteurs puissants.

 

Le guide crie :

— ¡Listos para mojarse!

Prêts à être trempés ?

La réponse est un éclat de rires. Des cris. Une excitation pure. Et puis… On s’élance. La rivière est large, tranquille au départ. On glisse sur l’eau.

Les chutes sont là, devant nous, majestueuses, presque irréelles. Des rideaux d’eau gigantesques, des arc-en-ciels suspendus, de la vapeur qui danse dans l’air.

Et puis d’un coup — On fonce. Le bateau prend de la vitesse. On s’approche d’une cascade. Puis une autre. Et là, pas de demi-mesure : on entre dedans.

Littéralement. L’eau nous avale. Des tonnes d’eau sur la tête. Des hurlements de joie. On ne voit plus rien. On rit, on tousse, on crie encore. C’est froid, c’est fort, c’est sauvage. Et moi, je suis là, au milieu de tout ça, le cœur battant, trempé jusqu’à l’âme.

 

On ressort du rideau d’eau comme on sortirait d’un rêve. Trempés. Mais vivants. Plus vivants que jamais.

 

Le bateau ralentit, les moteurs ronronnent, et le silence revient petit à petit. Un silence étrange. Celui qui suit le chaos, comme une caresse après l’ouragan. Les gens autour de moi rient, tous un peu secoués, les cheveux collés au visage, les yeux brillants.

 

On débarque. Mes baskets font splotch à chaque pas. Ma chemise me colle à la peau. Mais je m’en fous. Je suis euphorique.

 

On reprend un petit sentier. Cette fois, à pied. Vers les passerelles. Et là… le décor change. On n’est plus au cœur des chutes, on les surplombe. On marche sur des pontons métalliques suspendus au-dessus du vide, au-dessus de la rivière. On avance. Et chaque pas nous offre un nouveau tableau.

 

Un nouveau souffle. Et puis… la vue. La fameuse. La Garganta del Diablo. Un gouffre. Un cri. Un trou noir d’eau et de bruit. Je reste là, figé. Pas un mot. Pas un geste. Juste… ça. Ce trou béant dans la terre. Cette puissance qui ne demande rien, ne s’explique pas. Une force qui te remet à ta place. Petite poussière d’humain face à l’infini.

 

Je respire. Je ferme les yeux. Et je me dis que je suis exactement là où je devais être.

Iguazú – Retour sur terre, pieds dans l’eau, tête dans les nuages

 

On reprend doucement le chemin de l’entrée du parc. Les cheveux encore humides, les jambes un peu lourdes, les sens en vrac. Je ne parle pas beaucoup. Je crois que je suis encore là-bas, quelque part entre la jungle et la chute. Encore suspendu à cette sensation d’être minuscule et immense à la fois.

 

Junior — enfin, son remplaçant du jour — nous attend à la sortie. Toujours aussi ponctuel, toujours ce même sourire discret. On monte dans la voiture, les vitres ouvertes. L’air est encore chaud, presque sucré. Je regarde défiler les arbres, le ciel déjà un peu doré. Et dans ma tête, ça tourne. Les images. Le bruit de l’eau. Les cris. Le vert. Le bleu. Le vide.

 

On rentre. Mais avant, un petit détour s’impose. Juste au coin de la rue, une supérette minuscule, éclairée au néon jaune pâle. On entre, encore trempés. Personne ne bronche. C’est l’Argentine. On prend ce qu’il faut pour fêter ça : bières fraîches, chips, quelques olives, un fromage inconnu au nom chantant.

 

À l’hôtel, la fatigue tombe d’un coup. Comme une vague. Le corps réclame du repos, mais le cœur, lui, veut encore vibrer un peu. Alors direction la piscine. Personne. Le silence, à peine troublé par quelques cigales et un fond de musique lointain. On s’installe au bord, les pieds dans l’eau, une bière à la main. On trinque, sans rien dire. Juste un regard. Un sourire. On sait.

 

Le soleil descend lentement. Il peint le ciel en orange, puis en rose, puis en feu. Et ce coucher-là… Il n’a pas le même goût que les autres. Celui-là, il a le goût de l’eau, de la mousse, de la peur, de la joie, du vert et de l’infini. Il a le goût d’un moment qu’on n’oubliera pas.

Merci, l’Argentine. Pour cette journée. Pour cette claque douce. Pour cette beauté brute, sauvage, impossible à capturer. Merci pour ce souvenir qui vient de s’imprimer, là, tout au fond.

 

Le lendemain matin, on se réveille sans se presser. Pas d’alarme. Pas de bruit. Juste la lumière qui filtre à travers les rideaux et les souvenirs de la veille encore accrochés aux paupières. Je crois que j’ai encore de l’eau des chutes dans les oreilles. Ou alors c’est juste la mémoire qui rejoue la bande.

 

Bref. On sent que c’est la fin. On fait nos valises en silence, chacun dans notre bulle. Pas vraiment de tristesse. Plutôt cette sensation douce-amère de quand on quitte un endroit qu’on a aimé, mais qu’on sait qu’il est temps.

 

On avait encore quelques heures avant de rejoindre l’aéroport. Alors on s’est dit : “Et si on allait faire un tour en ville ?” Un message à Junior, évidemment. Il répond dans la minute. Il passe nous chercher, toujours avec cette efficacité tranquille qui le caractérise. Il nous dépose dans le centre d’Iguazú, et nous donne rendez-vous un peu plus tard pour le retour.

 

Le centre-ville n’a rien d’extraordinaire. Mais c’est vivant, simple, vrai. Des petites boutiques colorées, quelques cafés, une chaleur moite qui colle à la peau. On marche sans but précis. On s’achète une glace. On observe les gens. On savoure. Juste ça. Être là, encore un peu.

 

Junior revient à l’heure, comme toujours. Dernier trajet sur les routes rouges de Misiones, cette terre qui semble saigner sous le soleil. À mesure qu’on approche de l’aéroport, le silence s’installe. On ne parle pas beaucoup. Mais je sais qu’on pense à la même chose : on reviendra. Peut-être pas ici. Peut-être pas bientôt. Mais on reviendra.

 

L’aéroport est petit, calme. Tout se passe sans encombre. On décolle en fin d’après-midi, direction Buenos Aires. Et ce vol-là, je m’en souviendrai. Parce que j’avais les yeux fermés presque tout le long. Mais dans ma tête, tout était là. Les cascades. La jungle. La mousse. Les cris. Et ce coucher de soleil de la veille, assis au bord d’une piscine, une bière à la main, le cœur en feu.

 

On atterrit à Buenos Aires alors que la nuit tombe. Et dans deux jours, une nouvelle rive nous attend : l’Uruguay. Mais ça… c’est une autre histoire.

 

 

Colonia. Un nom, un passé.

 

Réveil à 5h30. La ville dort encore, étouffée dans un ciel de coton gris. Dehors, pas un bruit. Juste cette lumière blafarde des matins sans promesse.

 

Mais aujourd’hui, on traverse. Une heure de ferry, à peine. C’est ce qu’on s’était dit. Un saut de puce sur le Rio de la Plata. Une échappée de l’autre côté. L’Uruguay. Colonia del Sacramento.

 

Un petit-déjeuner avalé du bout des lèvres, les paupières encore floues, et puis l’Uber. Direction le port, valises légères mais cœur chargé d’une envie d’ailleurs.

 

Le ciel, lui, n’avait visiblement pas envie de jouer le jeu. Brouillard, pluie fine, lumière absente. Un jour sans.

 

Les formalités ressemblent à celles d’un aéroport. Passeport, enregistrement, embarquement. Tout se fait sans encombre, mais dans la salle d’attente, la clim tourne à fond. Une mauvaise habitude qu’on retrouve partout ici : faire geler les gens en plein été.

 

On monte à bord. Le ferry est moderne, silencieux. La mer — ou plutôt ce fleuve immense qu’on confondrait avec l’océan — est calme. Pas de vagues, pas de tangage. Juste le ronronnement discret du moteur, et ce froid sec de la clim qui s’infiltre jusqu’aux os.

 

Je regarde par la vitre, mais tout est blanc. Le monde s’est évaporé dans la brume. On avance à l’aveugle, entre deux continents, entre deux temps.

 

 

Colonia sous la pluie

 

Les rues étaient vides. Mouillées, brillantes, presque silencieuses. Quelques touristes couraient d’un porche à l’autre, à la recherche d’un refuge ou d’un cliché sec. Mais nous, on a marché. Lentement. Parce que même trempée, Colonia mérite qu’on prenne le temps.

 

Chaque ruelle semblait sortie d’un vieux film. Des pavés irréguliers, des maisons basses aux murs écaillés, des bougainvilliers qui ployaient sous les gouttes. Il y avait quelque chose de mélancolique, de doux. Une ville comme un vieux souvenir qui refuse de s’effacer.

 

On est passés devant la Calle de los Suspiros — la rue des soupirs. Même son nom semblait murmuré par la pluie. On dit que c’était là que les prisonniers poussaient leur dernier soupir. Ou que les amants s’y embrassaient en secret. Les légendes se mélangent, comme toujours, mais peu importe. L’endroit se suffit à lui-même. Et ce matin-là, il soupirait pour nous.

 

 

Un restaurant, une pause, une paella

 

Trempés, un peu dégoutés, on a fini par se réfugier dans un petit restaurant qui m’avait déjà fait de l’œil lors de notre premier passage dans le centre. J’avais lu quelque part qu’ils y servaient de la paella — et je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, sous la pluie, j’avais envie de ça. Une paella. Comme un appel au soleil depuis l’autre rive.

 

Le lieu avait du charme : bois, murs blancs, plafond bas. Une chaleur douce flottait dans la salle. Ils venaient tout juste d’ouvrir pour le service, alors on a pu choisir la meilleure table. La serveuse nous apporte la carte, un cocktail, et bien sûr… la fameuse paella, qui, du coin de l’œil, semblait déjà me faire un clin d’œil moqueur.

 

Par principe, j’ai quand même demandé :

— ¿Es una verdadera paella valenciana ?

Il m’a dit oui. Un “oui” trop rapide, trop sûr, trop facile. Et à ce moment-là, le charme du lieu s’est fissuré. Pas complètement, mais assez pour que je commence à douter.

 

Le plat arrive. Et là, plus de doute. C’était tout… sauf une paella valenciana. Le riz manquait de nerf, les saveurs s’étaient perdues quelque part entre les continents, et le fond de la poêle, ce fameux socarrat croustillant, n’existait que dans mes souvenirs de Valence. J’en ai quand même mangé un peu. Mais j’aurais pas dû. C’était la première fois de tout le voyage que je ne profitais pas d’un repas. Et franchement, ça m’a piqué un peu le moral.

 

On continuait donc sur la lancée du jour gris. Un jour sans carte postale. Sans ciel bleu. Sans coucher de soleil. Et maintenant… sans bonne paella. Mais c’était bien. Parce que Colonia n’a pas besoin de briller pour toucher. Elle t’enlace sans faire de bruit. Elle s’infiltre doucement. Comme la pluie qui glissait sur les vitres. Comme ce silence, si rare, qu’on partageait à deux, là, dans un coin du monde oublié du tumulte.

 

 

Colonia – Derniers pas avant le départ

 

On est sortis du restaurant un peu vaseux. Ni vraiment rassasiés, ni vraiment déçus. Juste… en pause. La pluie avait baissé d’un cran, comme si elle voulait nous laisser partir sans trop de drame.

 

On a marché encore un peu, les mains dans les poches, les yeux entre les flaques et les toits. Un dernier détour par la mer, une dernière photo du phare — même s’il n’y avait plus assez de lumière.

 

Et puis il a été temps de filer. Pas vers Buenos Aires. Non, cette fois, on continuait. Direction Montevideo.

 

 

Sur la route, en silence

 

On a attrapé un bus, là, à la gare de Colonia. Un bus simple, local, un peu fatigué comme nous. Mais c’était exactement ce qu’il fallait. Pas besoin de luxe, juste d’avancer. Lentement. En regardant le pays défiler par la fenêtre.

 

Des champs plats, des arbres tordus par le vent, quelques vaches, des silences. Trois heures de route, peut-être un peu plus. Mais dans ma tête, c’était flou. Je somnolais entre deux pensées, entre deux bouts de souvenir. Les chutes, les pavés, la mousse sur les toits. Et maintenant… l’inconnu.

Montevideo

 

Un nom qui sonne comme un poème. Comme une promesse. On y arrivera au coucher du soleil. Ou peut-être un peu après. Mais qu’importe. Ce sera une nouvelle page. Un autre rythme. Une autre rive.

 

Montevideo – Premiers pas, ventre vide, cœur curieux

 

On est arrivés tard. La gare routière était grande, un peu désordonnée, pleine de vie malgré l’heure. On a sauté dans un taxi sans trop réfléchir, les yeux encore pleins de la route, le corps un peu engourdi par les kilomètres. Direction notre Airbnb. Un petit appartement coquet, cosy, bien placé. Pas de luxe, mais ce genre d’endroit où tu te sens tout de suite chez toi. Des murs clairs, un canapé moelleux, un balcon qui donne sur une rue calme. Parfait pour poser les valises et se dire : ok, on est là. On y est.

 

Mais… j’avais faim. Une vraie faim. Une envie un peu bizarre, un peu précise. Des sushis. (Oui, je sais… moi et mes envies de femme enceinte, c’est une longue histoire.) Alors on a attrapé la carte du quartier, on a enfilé nos chaussures encore humides de Colonia, et on est sortis explorer.

Cuisine du bout du monde

 

Au bout de quinze, vingt minutes de marche, à travers les rues calmes d’un Montevideo nocturne, on est tombés dessus : un petit restaurant discret, mais qui vibrait doucement. Kuei – Cocina Fusión Nikkei y Peruana

 

📍 Gabriel Pereira 3149, Montevideo, Uruguay

🌐 kuei.com.uy

💰 Prix moyen : 20 à 30 CHF par personne

 

La façade ne payait pas de mine, mais à l’intérieur… Bois brut, lumières douces, cuisine ouverte. Un parfum de gingembre, de soja, de citron vert. La carte est courte, bien pensée, et mélange avec audace les influences péruviennes et asiatiques. On y trouve des nigiris au pisco, des rolls au ceviche, des baos parfumés au rocoto. Un voyage dans le voyage.

 

On commande. On savoure. Et cette fois, vraiment, je profite du repas. Les sushis n’étaient pas traditionnels, mais créatifs, équilibrés. Une surprise. Comme une réponse inattendue à mon caprice du soir.

 

On est rentrés à pied, le cœur un peu plus léger, le ventre plein, et la pluie loin derrière nous. Montevideo s’ouvrait doucement. Et moi, je savais déjà qu’on allait bien s’entendre.

Montevideo – Le calme après la pluie

Le lendemain matin, la lumière filtrait doucement à travers les rideaux. Une lumière chaude, propre, presque douce après la grisaille de la veille. Montevideo s’éveillait à son rythme — lent, posé, presque méditatif. Il faisait déjà très chaud. Un de ces jours où le bitume devient liquide, où l’air colle à la peau. Mais moi, j’étais comme un poisson dans l’eau. Je respire mieux quand l’air est lourd. Je marche plus lentement, mais plus profondément. Mon corps, lui, connaît ce climat. Il s’y love. Il s’y ancre.

 

Rambla, mer et respiration

Premier arrêt : la Rambla. Cette longue promenade qui longe le Rio de la Plata, véritable colonne vertébrale de la ville. Des kilomètres de béton et de vent, où les joggeurs croisent les pêcheurs, où les amoureux croisent les vieux amis. Il y a quelque chose de paisible ici. Une mer qui n’en est pas une, mais qui a tout d’un océan. Des plages calmes, presque vides. Et ce ciel immense, toujours là, même quand il est gris. On a marché longtemps. Sans but. Juste pour respirer, regarder, sentir. La chaleur me portait. Comme une mer invisible.

 

Pause déjeuner, pause soleil

À l’heure du déjeuner, on s’est arrêtés dans un petit restaurant de bord de mer, sans prétention mais plein de charme. Une terrasse, quelques parasols, et ce goût si particulier de l’instant suspendu. Je ne me souviens même plus de ce qu’on a mangé. Mais je me souviens du soleil sur ma peau, du vent dans mes cheveux, et du sentiment de plénitude. Ça suffisait.

Le carnaval à l’horizon

L’après-midi, on a décidé de se renseigner. Parce qu’à Montevideo aussi, c’est la saison du carnaval. Mais ici, c’est différent. Plus long, plus théâtral, plus enraciné dans la culture afro-uruguayenne. On est allés jusqu’à la Maison de la Culture, on a discuté avec un agent touristique, pris quelques flyers, noté des dates. Le défilé principal, appelé Desfile de Llamadas, ne devait avoir lieu que quelques jours plus tard. Mais il y avait déjà des répétitions, des spectacles de murga, des quartiers en effervescence. Et dans mon ventre, une petite impatience s’est installée. J’aime cette sensation. Quand quelque chose approche. Quand le présent commence déjà à danser avec l’avenir.

 

Retour au calme, en attendant la mer

Le soir, pas de folie. Pas de sortie, pas de bruit, pas de programme. Juste l’appartement, encore tiède du soleil de la journée. Un ventilateur qui ronronne, quelques vêtements qui sèchent, et nos jambes un peu lourdes d’avoir trop marché. On a mangé léger, bu de l’eau bien fraîche, regardé la lumière tomber lentement sur les immeubles voisins. C’était une soirée simple, comme une parenthèse entre deux rythmes. Parce que le lendemain, un autre monde nous attendait. Direction Punta del Este. Un bus, quelques heures de route, et l’océan. Le vrai.

Conclusion – Ce voyage, ce blog, et moi

Ce voyage, je ne l’ai pas seulement fait pour découvrir un pays. Je l’ai fait pour me découvrir un peu plus aussi. J’ai marché, j’ai nagé, j’ai attendu. J’ai parlé avec des inconnus, dansé avec des tambours, mangé trop, dormi peu. Et j’ai aimé chaque instant — même les ratés, même les petits coups de mou, même les longues attentes.

 

Et surtout, j’ai écrit. J’ai tenu ce journal. Pas comme un guide. Pas comme une carte. Mais comme un miroir. Ce blog, c’est ma façon de garder une trace. De figer l’éphémère. De poser des mots sur ce qui, parfois, n’a besoin que d’un regard ou d’un silence.

 

Je sais que je reviendrai en Argentine. Peut-être l’année prochaine. Peut-être pour explorer plus loin, plus longtemps. Mais ce qui est sûr… c’est que cette terre a ouvert quelque chose en moi.

Merci de m’avoir lu. Merci de m’avoir suivi. À bientôt, pour une nouvelle histoire.

 

— Nathan Kassidy ✨

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